Lettres du divan. Écrire à son psychanalyste, de Louise Grenier

Lettres du divan. Écrire à son psychanalyste, de Louise Grenier (sous la dir.) Ed. Liber, Montréal, 2017, 243p.

Dans ce recueil collectif dirigé par Louise Grenier (psychologue et psychanalyste à Montréal) s’assemblent des textes de tous styles, tous formats, toutes plumes. L’hétérogénéité des contributions, qui pourrait sembler déroutante de prime abord, s’avère constituer en quelque sorte l’âme de ce livre. Certaines proches du format de la carte postale, d’autres de l’essai théorisé et formel, ces différentes traces d’acte d’écriture témoignent de la pluralité des adresses que rend possible l’expérience analytique, aux lettres divan couvconjugaisons toujours plurielles. Après une courte introduction utile à la présentation du projet, le lecteur se retrouve ainsi assez libre de naviguer en toute liberté dans cet ouvrage agréablement atypique et dont l’intérêt de la diversité se laisse découvrir au fil de la lecture.

L’acte d’écriture résonne en écho à l’acte de parole, propre à la pratique analytique. Si l’écriture permet en effet de travailler avec finesse les descriptions de nos mondes intérieurs, pour autant, dans la pratique, il est évidemment possible de mener une analyse sans ne jamais recourir à l’écrit. L’écriture et les correspondances furent très tôt, déjà, pour Sigmund Freud, un moyen d’explorer une voie vers l’expérience analytique personnelle. Souvenons-nous, entre autres, de son auto-analyse et de ses correspondances avec son très proche ami Wilhelm Fliess. C’est au cœur de ces correspondances, de ces adresses, que Freud fait naître la psychanalyse (cf. Naissance de la psychanalyse). C’est peut être aussi suivant cette voie qu’il tente d’adresser son monde interne et ses contenus inconscients à un autre, témoignant de ses rêves, de son quotidien, de ses avancées théoriques, mais aussi de ses doutes ou de ses constructions plus fantasques telles la télépathie ou la numérologie. Faute d’avoir accepté de vivre l’exercice analytique avec un autre, il répétera et prolongera l’expérience auto-analytique avec l’aide des autres dans ses nombreuses correspondances (environ 20000 lettres envers près de 387 destinataires[1]). Si certaines sont particulièrement intimes, elles sont malgré tout conditionnées par une quête de postérité forte, Freud redoutant que l’accès public de ses pensées intimes n’en vienne à faire vaciller l’édifice théorique et institutionnel de la psychanalyse. Tout au long de son existence, il n’aura de cesse que d’utiliser l’écriture, tant pour travailler son monde interne que pour tenter de penser celui des autres ou encore bâtir son œuvre, ouvrant le dialogue avec nombre d’illustres intellectuels de son époque, dont Lou Andréas-Salomé, Romain Rolland, Ludwig Binswanger, Arnold Zweig, Albert Einstein.

[…]

 Lire la suite sur le site Oedipe.org:  http://www.oedipe.org/livre/lettres-du-divan

Ce texte a paru dans la revue Le Coq-Héron, n°235, 2018. (Parution : 3 janvier 2019)

[1] Schröter, M. (2007). Les lettres de Freud : état des lieux, caractéristiques, histoire de l’édition. Essaim, 19, (2), 27-53. doi:10.3917/ess.019.0027.

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