Les Sujets de l’Analyse de Thomas Ogden

Les sujets de l’analyse[1], de Thomas H. Ogden, est paru en France à l’automne 2014 sous l’égide des éditions Ithaque, pas moins de 20 années après sa parution originale en langue anglaise. L’auteur, psychiatre et psychanalyste nord-américain, membre de l’Institut de Californie du Nord et de l’International Psychoanalytical Association (IPA), ogdenest actuellement l’un des analystes les plus reconnus dans le monde psychanalytique anglophone. Sur le site Psychoanalytic Electronic Publishing[2], base de données internationale des publications psychanalytiques, Thomas H. Ogden apparaît actuellement comme l’auteur le plus lu et le plus cité des analystes contemporains, devancé par les seuls Donald W. Winnicott, Wilfried R. Bion et Mélanie Klein ! Cela permet de se faire une première idée de la portée du rayonnement de ses travaux au sein de la communauté psychanalytique internationale. Pour autant, la pensée de Th. Ogden reste bien peu connue en France, et ce, même au sein des sociétés psychanalytiques. Il suffit de mesurer le nombre de références, écrites ou orales, effectuées envers cet auteur pour percevoir la timidité de notre accueil à l’égard de cette pensée tierce. En son temps, Bion avait su souligner la méfiance systématique pouvant émerger face à ce qu’il nommait, suivant l’expression de H. Poincaré, « un fait nouveau ». Le lecteur francophone aura pu découvrir ce « fait nouveau » de la pensée analytique qu’est Th. Ogden par le biais de son article princeps « Le tiers analytique » paru dans la Revue française de psychanalyse en 2005, puis lors des régulières parutions de ses textes au sein de L’année psychanalytique internationale (2007b, 2007c, 2008a, 2008b, 2010, 2011, 2012, 2015).

Les Sujets de l’analyse, second livre d’Ogden accessible en français, a été rédigé en 1994, il présente donc des apports antérieurs à Cet art qu’est la psychanalyse, initialement paru en 2005 et traduit en français en 2012.

Ce livre s’inscrit, selon les propos mêmes de l’auteur, dans la troisième phase de son œuvre, entre les années 1989 et 2001. Il écrit : « Un axe majeur de ma pensée et de mes écrits résidait alors sur la place de la rêverie dans le processus analytique et le tiers analytique. Durant ces années, j’ai beaucoup écrit sur la façon dont nous communiquons à l’intérieur du dispositif analytique (i.e., la façon dont nous transmettons nos pensées et nos sentiments à travers les effets que nous créons dans notre utilisation du langage) »[3] (A. M. Cooper, 2006, p. 420). C’est en effet à partir de l’étude du dispositif analytique et des processus qui émergent en son sein qu’Ogden va dessiner sa conception du sujet en analyse, des sujets de l’analyse.

Introduire le sujet

« Il est trop tard pour reculer. En lisant les premiers mots de ce livre, vous venez de franchir le seuil de cette expérience dérangeante qui consiste à se voir devenir un sujet — un sujet que vous ne connaissez pas encore et pourtant que vous connaissez. Car c’est au lecteur de créer une voix pour dire (penser) les paroles (les pensées) qui sont contenues dans ce livre » (p. 11). Dans ce chapitre introductif, le lecteur est inscrit comme un acteur du processus d’écriture de l’auteur, ce qui n’est pas sans nous rappeler le dernier chapitre de Cet art qu’est la psychanalyse : « Écrire la psychanalyse ». Ogden y déploie sa conception de la subjectivité par la notion du tiers analytique : « Le tiers analytique n’est pas seulement une forme d’expérience partagée par l’analyste et l’analysant, c’est aussi une forme d’épreuve de je-ité (une forme de subjectivité), dans laquelle et par laquelle l’analyste et l’analysant deviennent autres que ceux qu’ils ont été jusqu’alors. L’analyste participe à la création de l’expérience qui rend vivant le passé de l’analysant, et il prête sa voix à celle-ci. » (p. 14). Nous retrouvons ici ce dont les thérapeutes d’enfants font quotidiennement l’expérience : lorsqu’un jeune patient s’engage dans un scénario de jeu qu’il improvise au vif de l’instant, l’enfant n’est pas dans une narration du passé, dans une remémoration d’éléments factuels historiques mais bien dans une proposition de co-création d’un contenu narratif, miroir de son monde intérieur et des processus psychiques qui l’animent. « L’analysant ne revit pas son passé ; il en fait pour la première fois l’expérience, au sens où ce passé est en train de se créer au sein du processus qui lui donne vie et par le tiers analytique » (p. 14).

Le « Je décentré qui vit l’expérience »[4], à la rencontre du sujet décentré de lui-même

Le Moi[5], le Self, le Je, l’Autre, le narcissisme ou l’identité, tous ces concepts témoignent par leur diversité de la place de choix que la psychanalyse a su faire à la subjectivité, érigeant cette notion au cœur de ses constructions théoriques, à l’instar de la place conférée au patient, au cœur de l’analyse, au cœur de l’esprit et de l’attention de l’analyste au travail.

Or, si la subjectivité est au centre de la pensée psychanalytique contemporaine, peu d’écrits proposent de penser ce concept en tant que tel. C’est tout l’enjeu de cet ouvrage, où Ogden propose d’appuyer une compréhension du sujet sur différents auteurs, différentes épistémologies. La synthèse qu’il propose n’aspire pas à réduire la pensée en une conception unifiante. Aussi, le grand mérite de ce livre est-il de proposer des voies de cheminements inédits, où les référentiels théoriques – de Freud à Lacan, de Klein à Bion en passant par Winnicott – introduisent d’autres auteurs moins connus sous nos latitudes. Chacun d’entre eux propose, à sa façon, une lecture possible de la subjectivité. Une conception du sujet se dessine peu à peu, pour mieux être complétée, enrichie, modifiée par le texte suivant. Jamais nous ne nous reposons sur la certitude d’une conception simplificatrice qui clôturerait la pensée.

Ogden va progressivement tracer sa propre voie, préférant au terme souvent usité de « subjectivité », celui de « sujet ». À l’instar d’auteurs comme Jacques Lacan, Piera Aulagnier, ou encore Joyce McDougall (1982), il revalorise le terme de Je (I en langue anglaise) et propose, dans la volonté de lui donner une valeur plus processuelle, la notion d’ « I-ness » traduit en « je-ité ». À la lecture, nous nous demandons si Ogden n’aurait pas pu trouver une formulation plus heureuse. Outre que ce terme de je-ité (I-ness) ne soit pas agréable à la lecture, il fait aussi rupture avec toute morphologie linguistique. Ne serait-il pas plus heuristique de retrouver la notion d’ipséité (selfhood en anglais) connue des philosophes, ou de l’être-je ? « Bien qu’aucun mot ne puisse rendre compte de la multiplicité, de l’ambiguïté et de la spécificité de sens requises, le terme de « sujet » semble particulièrement apte à transmettre la conception psychanalytique du Je qui fait l’expérience, autant dans son sens phénoménologique que métapsychologique. […] Le mot sujet renvoie à la fois au Je lecteur, penseur, écrivain, lecteur, être sensible etc., et à l’objet même de la subjectivité, à savoir au propos (au sujet) discuté, à l’idée contemplée, au percept perçu, etc. En sorte que le sujet ne saurait jamais être complètement séparé de l’objet et, par conséquent centré en lui-même » (p. 31-32). Si nous suivons Ogden dans sa volonté d’instaurer le sujet comme pivot de l’analyse, la notion de Je, même affublée d’un tel suffixe, ne permet pas vraiment de représenter la dimension réflexive et processuelle soutenue par l’auteur.

Le tiers analytique

« Le tiers analytique », article majeur de l’auteur, initialement composé à l’occasion du 75ème anniversaire de l’International Journal of Psycho-Analysis (1994), est ici remanié pour l’occasion du livre, avec le sous-titre « en travaillant avec les faits cliniques intersubjectifs ». Ce texte est un apport primordial dans la pensée analytique contemporaine ; à lui seul, il semble dépasser la question insoluble de la prise en compte ou non des objets primaires (les parents et autres figures de substitution) dans le développement psychique individuel et donc, du statut que l’analyste doit conférer à la place de l’objet historique à mesure qu’il est évoqué, fantasmé, reconstruit au cours de la relation analytique (alors entendu en qualité d’imago).

Suivant les restes d’une querelle séculière entre Kleiniens et Winnicottiens, nombre d’analystes continuent à tenter de se différencier dans leur approche de la place qu’il faudrait conférer à la réalité historique, objective, événementielle, c’est-à-dire au rôle de l’environnement, des parents, dans le développement individuel. Chez les analystes d’enfants, Klein est perçue comme ayant eu tendance à considérer que la vie psychique était uniquement composée d’objets internes, et que c’était avec ces objets internes que nous avions à dialoguer (point de vue qui, au demeurant, est soutenu par bien d’autres courants de pensée que ceux référés à Klein). Winnicott de son côté (et avec lui tous les penseurs du Middle Group) défendit l’importance des relations avec l’environnement et la place que nous devions accorder à la réalité des rencontres avec l’environnement dans le développement du monde interne du jeune enfant. Entre les tenants de l’intersubjectivité et ceux de l’intrasubjectivité, Ogden développe, à partir de l’exposition et de l’analyse de deux cures de patients adultes, l’intérêt d’articuler ces deux positions suivant ce qu’il nomme une « conception intersubjective du processus analytique », ou encore le « tiers analytique ». Il écrit : « Ni l’intersubjectivité mère-bébé ni l’intersubjectivité analyste-analysant (comme entités psychologiques séparées) n’existent sous une forme pure. L’intersubjectif et le subjectif se créent, se nient et se conservent mutuellement. […] Dans la relation mère-bébé, comme dans la relation analyste-analysant, le problème n’est pas de démêler leurs éléments constitutifs pour déterminer ce qui revient en propre à chacun ; du point de vue de l’interdépendance du sujet et de l’objet, la tâche analytique suppose plutôt une tentative de décrire aussi complètement que possible la nature spécifique de l’expérience vécue à travers cette interaction entre subjectivité et intersubjectivité. » (p. 63).

Interpréter en acte ?

Autre champ souvent mobilisé dans les réflexions actuelles au sein des cures psychanalytiques, la dimension de l’acte et de l’agir, mobilise le chapitre suivant sous le concept d’ « action interprétative ». L’ « enactment » ici travaillé est proche des notions d’ « interprétAction » ou d’action interprétative déployées par Paul Israël et Régine Prat (2007). « Par action interprétative (ou interprétation en action), je désigne la communication de l’analyste qui exprime à l’analysant ce qu’il comprend de tel ou tel aspect du transfert/contre-transfert » (p. 96). Il dit plus loin : « c’est ma façon de conduire l’analyse qui constitue une interprétation, laquelle pourra plus tard être mise dans une forme verbalement symbolisée » (p. 155).

Ogden recourt à trois illustrations cliniques afin d’en décliner les formes. La première en est le silence, en réaction à ce qu’il interprète comme une incitation du patient à faire parler son analyste. Dans la seconde forme présentée, Ogden interprète en refusant d’accepter des poèmes que son patient lui offre à lire. Dans la troisième situation clinique, une question ambiguë posée par une analyste (en supervision avec Ogden) à sa patiente est entendue comme action interprétative. À notre grand étonnement, nul acting de la part de l’analyste, et encore moins d’action, sauf à considérer que le silence volontaire en est une. Il est surprenant de noter que les deux premières modalités sont des modalités négatives (silence et refus). Nous nous trouvons bien loin des enjeux propres aux thérapies et analyses d’enfants, dans lesquelles le corps tout entier peut parfois être utilisé comme un outil d’expression, et qui engage l’analyste à exprimer, au sein de l’expérience de jeu, des mots, mais aussi des expressions, des modalités d’être portées par le corps tout entier. Si les apports théoriques d’Ogden nous semblent ici précieux, la clinique utilisée apparaît en cette occasion ne pas lui rendre véritablement hommage. Certes, le champ du non-verbal est à prendre en compte, et ce, même dans des analyses d’adultes, mais nous percevons ici une sorte de réserve, de prudence, visant à ne partager que des interprétations en acte qui soient psychanalytiquement et politiquement correctes, et donc un brin consensuelles. Mais si nous restons dans le prisme des analyses de patients adultes, nous percevons tout l’intérêt des formes qu’il déploie. Ogden nous propose en effet d’envisager ce qui pourrait paraître comme une non-réaction (maintenir le silence, refuser une communication écrite avec le patient) comme une forme d’intervention en acte, prenant ainsi une valeur interprétative.

La dynamique transférentielle comme matrice

La réflexion sur la technique et le dispositif analytique se poursuivent par le chapitre : « Analyser la matrice du transfert/contre-transfert ». Ici, Ogden reprend ses apports suivant des conceptions plus kleiniennes, à partir de la position schizoïde-paranoïde, la position dépressive, qu’il fait précéder d’une organisation de son cru, la position autistique-contigüe. Cette position est « associée au mode le plus primitif d’attribution du sens à l’expérience. Il s’agit d’une organisation psychique où l’expérience de soi prend appui sur l’ordonnancement de l’expérience sensorielle, particulièrement des sensations à la surface de la peau » (p. 119). C’est bien en prenant appui sur ces apports relatifs à la conception des temps primordiaux du développement de la subjectivité, qu’Ogden propose d’envisager la matrice transférentielle. Il affirme : « La matrice du transfert reflète le jeu entre les modes fondamentaux de structuration de l’expérience, qui ensemble, impriment leur qualité singulière au contexte expérientiel au sein duquel le patient crée du contenu psychique » (p. 136). Selon Ogden, le patient, tout autant que l’analyste, contribuent à une élaboration constante du dispositif analytique, tant à partir de ce qui est échangé verbalement, qu’à partir de ce qui est communiqué inconsciemment dans les formes même des voies de communication. C’est ainsi par l’analyse du contretransfert que « l’analyste accède à la nature des états d’être du patient dont est faite la matrice du monde interne du patient » (p. 137).

Dans « L’isolement personnel », Ogden propose de penser que la notion d’isolement de l’individu est une donnée capitale pour la compréhension du développement humain. Prenant appui sur les pensées de Winnicott concernant « la capacité d’être seul », Ogden reprend ses apports sur la position autistique-contigüe afin de développer l’idée d’un isolement encore plus profond et primitif, où la mère-environnement est remplacée par une mère-sensation, où la subjectivité est mise en suspens entre le pays des vivants et le pays des morts, où l’éveil à l’humanité est altéré. Nous pouvons penser cet isolement en lien avec les cliniques des retraits de la subjectivité, ces cliniques où le sujet se retire de l’expérience subjective suivant ce que R. Roussillon (2015) a conceptualisé par les voies d’un clivage au moi, aménagement princeps des souffrances de la subjectivité, autrement nommées « narcissiques identitaires ».

Enfin, c’est un chapitre particulièrement dynamique, sous la forme d’une interview qui conclut l’ouvrage. Autour du thème de la théorie et de la pratique psychanalytique nous avons ici accès à une reprise des différents aspects mentionnés au fil du livre, suivant une forme particulièrement accessible. Cette reprise est aussi une ouverture, qui tend à engager la pensée au plus près de la pratique.

Au cœur de l’expérience

Face aux débats entre les tenants de la subjectivité et ceux de l’intersubjectivité qui réduisent habituellement la réflexion au sein des différents courants psychanalytiques, Ogden a le mérite de proposer une position qui s’offre comme une voie tierce, une position figurant une alternative aux réponses qui tendent systématiquement à exclure l’une des options afin de valoriser l’autre. Les propositions d’Ogden dépassent cette impasse heuristique, considérant que toute subjectivité est certes accessible par le seul filtre de la subjectivité du patient, mais surtout, que ces formes ne nous sont données à entendre que ressaisies par l’occasion de l’expérience analytique, laquelle dépend, quoi qu’on en dise, d’une rencontre humaine, et donc, de l’expérience intersubjective. C’est seulement en positionnant les enjeux des processus transférentiels au cœur de l’expérience analytique, que nous pouvons accéder non pas à « ce qui fut », ce qui « a eu lieu », mais à une expérience nouvelle, une expérience sans cesse renouvelée du partage de représentations et de partage émotionnel au sein de la rencontre analytique. En effet, il écrit : « C’est donc un passé qui n’est créé que par cette paire analytique précise et grâce à ce tiers analytique précis. Dans la mesure où il s’agit d’une expérience vécue dans et par le tiers analytique, on n’est jamais complètement seul avec soi-même (ni avec son expérience passée) — c’est une expérience qui se produit avec le concours d’une autre personne. Cette particularité de la situation analytique crée les conditions d’une recontextualisation fondamentale de l’expérience jusqu’alors non intégrable, clivée et inutilisable de l’analysant » (p. 15).

Nous ne saurions que trop grandement recommander à tous les ennemis de l’intersubjectivité, à tous les fervents partisans d’une psychanalyse qui revendiquerait ses assises identitaires dans une exégèse freudienne autoréférentielle, à tous ceux qui envisageraient la psychanalyse comme un exercice hors du temps, hors du monde, hors du sujet et de ce que sa présence en séance impose au psychanalyste d’implication, de venir parcourir les lignes qu’Ogden propose en cet ouvrage. Ils pourront ainsi y découvrir une conception du travail analytique qui ouvre à de nouvelles voies pour entendre le fonctionnement psychique, et renouvelle la pratique. Pour l’auteur, la psychanalyse permet en effet une expérience nouvelle, porteuse d’un inédit, d’une construction qui se réinvente au fil des expériences et qui, soutenue par la prise en compte de la « matrice transférentielle », permet d’accéder à nos aménagements intérieurs, avec tout ce qu’ils contiennent de complexité et d’énigmatique. « Émanant d’un processus continuel de négation dialectique, le sujet est pour toujours décentré d’une identité à soi définitivement acquise. En d’autres termes, le sujet psychanalytique ne peut jamais simplement être ; le sujet est toujours en devenir, en vertu du mouvement de négation créatrice de lui-même. » (p. 60).

Cela participe sans doute de la place qu’Ogden accorde à l’expérience clinique et à la transmission « à partir de l’expérience » plutôt qu’ « à partir de la théorie » ; l’ouvrage est en effet éminemment clinique. Il n’est pas seulement saupoudré de quelques vignettes cliniques qui accompagneraient ça et là la théorisation, mais à chaque fois, des récits de cas déployés dans la longueur viennent accompagner l’entrée d’un nouveau concept dans les cheminements de nos pensées. Suivant son style habituel, Ogden déploie une ou plusieurs situations cliniques qui nous entraînent dans le monde interne du patient, tout autant que dans le vécu de séance, afin de nous permettre de saisir, au vif de l’expérience, ce que la théorie érige secondairement comme un concept. Cette conception du travail analytique trouve aussi toute sa pertinence en ceci qu’elle se fonde sur une solide réflexion épistémologique, issue de son expérience de lecteur, associée à un dialogue soutenu avec ses contemporains. Th. Ogden a en effet fondé sa pensée à partir d’une interprétation théorique d’auteurs tels que W.R. Bion, R. Fairbairn, S. Isaac, M. Klein, H. Loewald, H. Searles, D .W. Winnicott, qu’il a pris soin de travailler dans de régulières publications (1984, 2001, 2002, 2004, 2007a, 2007b, 2008, 2011, 2012).

Les Sujets de l’analyse est ainsi un ouvrage exigeant, dont la lecture requiert un véritable travail de déprise à l’égard de nos conceptions habituelles, un travail de reprise, enfin, où la nécessité d’une lecture répétée de certains apports est parfois nécessaire, mais dont le bénéfice n’est pas sans satisfaction lorsque nous voyons comment il permet de faire émerger en nous de nouvelles formes théoriques au sein de notre paysage analytique intérieur.

« Il est facile de dire que l’analyste doit entrer en dialogue avec les différentes épistémologies et les intégrer. En réalité, j’estime que le mieux que nous pouvons espérer est de parvenir à tolérer une coexistence malaisée entre ces multiples épistémologies. Notre but est d’essayer d’échapper aux écueils de l’idéologie, et il faut bien que nos tentatives maladroites finissent par nous apprendre à penser au sein de ces systèmes d’idées qui, ensemble — quoique dans un assemblage précaire —, constituent la psychanalyse. » (p. 159).

Références bibliographiques :

Cooper A. M. (2006), Contemporary psychoanalysis in America: leading analysts present their work, 2006 American Psychiatric Publishing, Inc., 1st ed, Arlington VA – USA, 759 p.

Gabbard G. O., Ogden, T. H. (2010), « Devenir psychanalyste », L’Année psychanalytique internationale 1/2010 (Volume 2010), p. 195-214

McDougall J. (1982), Théâtre du Je, Paris, Gallimard.

Ogden T. H. (1984), « Instinct, Phantasy, and Psychological Deep Structure — A Reinterpretation of Aspects of the Work of Melanie Klein », Contemp. Psychoanal., 20, p. 500-525.

Ogden T. H. (1994a), « Le tiers analytique : les implications pour la théorie et la technique psychanalytique », Revue française de psychanalyse 3/2005 (Vol. 69), p. 751-774.

Ogden T. H. (1994b), Subjects of Analysis, Jason Aronson Ic. Northvale, New Jersey et Londres, 1994, trad. fr. A. De Staal, Les Sujets de l’analyse, Ithaque, 2014.

Ogden T. H. (2001), « Lire Winnicott » in Penser les limites : écrits en l’honneur d’A. Green, C. Botella (dir.) Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 2002, p.502-514.

Ogden T. H. (2004), « An introduction to the reading of Bion », J. Psycho-Anal., 85:285-300.

Ogden T. H. (2005), This Art of Psychoanalysis : Dreaming Undreamt Dreams and Interrupted Cries – The New Library of Psychoanalysis, 2005 tr. fr. A. de Staal et M. Montagnol 2012, Cet art qu’est la psychanalyse, Ithaque, 208p.

Ogden T. H. (2007a), « Reading Harold Searles », J. Psycho-Anal., 88:353-369

Ogden T. H. (2007b), « Lire Loewald : Œdipe revisité », L’Année psychanalytique internationale 1/2007, p.45-60

Ogden T. H. (2007c), « Enseigner la psychanalyse. », L’Année psychanalytique internationale 1/2007, p. 119-136

Ogden T. H. (2008a), « Parler-rêver. », L’Année psychanalytique internationale 1/2008 (Volume 2008) , p. 117-131

Ogden T. H. (2008b), « Les éléments du style analytique. Les séminaires cliniques de Bion», L’Année psychanalytique internationale 1/2008, p. 151-166

Ogden T. H. (2011), « Pourquoi lire Fairbairn ? », L’Année psychanalytique internationale 1/2011, p.57-78

Ogden T. H. (2012), « Lire Susan Isaacs : vers une révision radicale de la théorie de la pensée », L’Année psychanalytique internationale 1/2012, p.141-163.

Ogden T. H. (2015), « La crainte de l’effondrement et la vie non-vécue », L’Année psychanalytique internationale 1/2015.

Prat R. et Israël P. (2007), « Actes qui parlent et interprétActions », Revue française de psychanalyse, 2007/4, Volume 71, p. 1985-1591

Roussillon R. (2015), « Un processus sans sujet », Le Carnet PSY 4/2015 (N° 189), p. 31-35


Ce texte a paru sur Nonfiction et dans le Journal de la psychanalyse de l’enfant n°2 2016.


[1] Subjects of Analysis, Jason Aronson Ic. Northvale, New Jersey et Londres, 1994, trad. fr. Ana De Staal, Sujets de l’Analyse de Thomas Ogden, Ithaque, 2014, 192 p.

[2] http://pep-web.org/

[3] Trad. pers.

[4] Ogden, 2014, p.32.

[5] Pour mémoire, le Ich allemand de Freud est traduit en français par le terme de « Moi » mais il signifie aussi « Je ».

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